Jusqu’à fin novembre, quatre artisans du Pays de Fontainebleau mettent en vitrine un croissant à la mode Marie-Antoinette. L’occasion de goûter, et de remonter le fil d’une des plus jolies légendes de la viennoiserie.
Quatre croissants pour une reine
2026 est à Fontainebleau une année Marie-Antoinette, et Fontainebleau Tourisme a eu une idée gourmande pour la célébrer : demander à quatre boulangers-pâtissiers de créer leur croissant à la mode Marie-Antoinette. L’idée et l’initiative reviennent à Fontainebleau Tourisme, qui l’a fait rayonner en travaillant collectivement avec le château de Fontainebleau. Clin d’œil à la date : 240 ans après le dernier séjour de la reine à Fontainebleau, en 1786. Quatre maisons, quatre interprétations, toutes dans le rose et le fruit rouge :
- Dardonville, rue des Sablons : un feuilletage doré et délicatement rosé, garni d’une compotée de framboises fraîches relevée d’une pointe de citron.
- Frédéric Cassel, rue Grande : une forme inspirée des robes du XVIIIe siècle, un confit de fruits rouges parfumé à la rose, et une figurine dorée pour couronner le tout.
- Suzy et Arlette, rue Grande : un feuilletage au beurre d’Isigny AOP, une compotée et un crémeux à la framboise.
- La Galerie des Pains, à Barbizon : un feuilletage bicolore rosé, un insert rose et framboise, et une poudre de biscuit rose de Reims.
Lequel aura votre faveur ? Le plus simple reste de faire la tournée. Pour la science, évidemment. Adresses et particularités de ces quatre artisans vous attendent sur leur page Fontyblog : il suffit de cliquer sur leur nom. Les dates de l’opération sont dans notre agenda.
La légende : une archiduchesse et son goût de Vienne
Pourquoi un croissant pour Marie-Antoinette ? Parce que la reine est née archiduchesse d’Autriche, à Vienne, en 1755, et que le croissant descend d’une spécialité viennoise, le kipferl, un petit pain en forme de croissant de lune. La tradition raconte qu’en arrivant à la cour de France en 1770, la jeune dauphine aurait apporté dans ses bagages le goût des douceurs de son enfance, et contribué à faire connaître le kipferl.
Fontainebleau Tourisme le dit avec élégance : c’est « selon la légende ». Les historiens de l’alimentation n’ont jamais retrouvé de document de l’époque qui relie la reine au croissant. Mais une légende n’a pas besoin d’archives pour être délicieuse, et celle-ci a le mérite de mettre en scène une vraie histoire : celle d’une viennoiserie née à Vienne et devenue l'emblème du petit-déjeuner français.
Ce que l’on sait du voyage du croissant
Le kipferl est ancien. Des petits pains appelés chipfen sont mentionnés à Vienne dès 1227, sous les ducs de Babenberg. Une autre légende célèbre, celle des boulangers viennois qui auraient inventé le croissant pour fêter la levée du siège ottoman de 1683, n’apparaît dans les textes qu’au XIXe siècle. Les légendes, décidément, aiment le croissant.
Le passage en France, lui, a un nom et une adresse. À la fin des années 1830, un officier autrichien, August Zang, ouvre à Paris, au 92 rue de Richelieu, une « Boulangerie viennoise ». Ses kipferl font sensation, et les boulangers parisiens s’en inspirent. L’historien américain Jim Chevallier lui a consacré un livre.
Reste le feuilletage, qui est la touche française. La première recette imprimée de croissant en pâte feuilletée est généralement attribuée à Auguste Colombié en 1906, et la première recette de pâte levée et feuilletée au beurre, celle de nos croissants actuels, à Sylvain Claudius Goy en 1915. Autrement dit, le croissant tel qu’on le déguste aujourd’hui est plus jeune que la tour Eiffel.
Le saviez-vous ? « Qu’ils mangent de la brioche »
La phrase colle à la légende de Marie-Antoinette depuis deux siècles. On la trouve pourtant dans les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, qui prête ce mot à « une grande princesse » sans jamais la nommer, dans un passage écrit alors que Marie-Antoinette n’était qu’une enfant à Vienne. La reine en a hérité plus tard, au gré des pamphlets. Une raison de plus de lui offrir un croissant, pour se faire pardonner.
Ce que la reine aimait vraiment
Si la reine n’a pas inventé le croissant, elle avait bel et bien un faible pour les douceurs. Ses contemporains décrivent un goût prononcé pour le chocolat chaud, alors très à la mode à la cour, et une table personnelle plutôt simple. Elle aimait aussi le lait et les laitages : la laiterie de la Reine à Rambouillet, construite pour elle à la demande de Louis XVI, et le Hameau de Versailles en sont restés les témoins. Quant aux fameuses « pistoles de Marie-Antoinette », ces palets de chocolat qu’aurait créés pour elle le pharmacien Sulpice Debauve, c’est la maison Debauve et Gallais qui en raconte l’histoire, et on la savoure volontiers avec elle.
Fontainebleau, la reine et son dernier automne de cour
Fontainebleau garde une trace très concrète de Marie-Antoinette : au château, ses appartements et ses boudoirs comptent parmi les décors les plus raffinés de la fin du XVIIIe siècle. L’automne 1786 marque son dernier séjour à Fontainebleau avec la cour. Pour prolonger la dégustation, le château consacre à partir du 11 octobre une grande exposition au couple royal, Marie-Antoinette et Louis XVI à Fontainebleau, « Splendeur et douceur de vivre », et propose des visites théâtralisées « Marie-Antoinette, reine de la Mode ». En ville, l’exposition sur l’art de vivre au XVIIIe siècle à la Charité Royale complète le tableau.
Et le menu Marie-Antoinette ?
Un croissant le matin, une exposition l’après-midi… il ne manque plus que le dîner. Qu’on soit sûr ou non de la légende, une chose est certaine : elle donne une très bonne excuse pour se régaler. Alors, quel restaurateur bellifontain osera le premier un menu Marie-Antoinette ? Chocolat chaud ? Crème ? Laitages ? Fruits rouges et rose ? La carte est presque écrite…
L’appel est lancé.
Image à la une : Marie-Antoinette « à la rose », Élisabeth Vigée Le Brun, 1783 (détail), château de Versailles. Domaine public, via Wikimedia Commons.
