Une meute qu’on entend sans la voir. Un cavalier noir qui surgit entre les rochers. Et un roi de France qui rentre au château plus vite qu’il n’en était parti. Pour vous préparer à rentrer dans l’ambiance d’Halloween et à toutes les activités organisées à Fontainebleau à l’occasion d’Halloween, voici la vraie histoire du plus célèbre fantôme de la forêt, et le clip de ma chanson d’Halloween.

Qui est le Grand Veneur ?

Le mot vient du latin venator, le chasseur. Sous l’Ancien Régime, le Grand Veneur de France est un très haut personnage : créée par Charles VI en 1413, la charge place sous son autorité toute la vénerie royale, chiens, piqueurs et équipages. Une des plus prestigieuses du royaume.

Mais à Fontainebleau, quand on parle du Grand Veneur, personne ne pense à l’administration des chasses. On pense au Chasseur noir : un spectre à cheval qui court la forêt la nuit, suivi d’une meute fantôme, dans un vacarme de cors et d’aboiements. Il ne blesse personne. Il fait bien pire : il annonce les malheurs.

1598 : la nuit où Henri IV a entendu les cors

Le Grand Veneur surgit devant la chasse royale d'Henri IV en forêt de Fontainebleau
La chasse royale tombe nez à nez avec une autre chasse, qui n’a rien de royal.
Image du clip « Le Grand Veneur est revenu », Fontyblog

Tout commence en 1598. Henri IV, qui a fait de Fontainebleau l’une de ses résidences préférées, chasse dans la forêt. Soudain, il entend des chiens et des cors tout près, alors qu’aucune autre chasse n’est prévue. Il envoie le comte de Soissons voir qui ose chasser sur ses terres. Le comte revient blême : il entend tout, mais ne voit rien.

C’est alors qu’un grand homme noir apparaît entre les arbres et lance une phrase que personne n’a jamais su restituer de la même façon. « M’entendez-vous ? » pour les uns. « Amendez-vous ! » pour d’autres, ce qui sonne nettement plus comme une menace. Les chroniqueurs ont même retenu « M’attendez-vous ? » et « Qu’en pensez-vous ? ». Puis il disparaît.

Le plus troublant ? Cette histoire n’a pas été inventée deux siècles plus tard. Dès le 25 octobre 1598, le diplomate Jacques Bongars la raconte dans une lettre au botaniste Joachim Camerarius : le roi, rentrant de la chasse vers dix heures du soir, aurait entendu un chasseur appeler ses chiens par leur nom. Interrogés, les plus vieux habitants du bourg lui auraient répondu qu’on voyait parfois, en pleine nuit, un chasseur à cheval avec sept ou huit chiens, qui courait la forêt sans faire de mal à personne. L’épisode est aussi rapporté par le Journal de L’Estoile, par l’historiographe Pierre Matthieu et par Hardouin de Péréfixe. Les dates varient d’ailleurs selon les auteurs, août ou septembre 1598 : un fantôme, ça ne tient pas d’agenda.

La vision d’Henri IV en forêt de Fontainebleau, gravure d’Édouard Riou, 1873
Le XIXe siècle adore cette histoire : le dessinateur de Jules Verne lui-même l’a illustrée.
Édouard Riou, « La vision d’Henri IV », La Chasse illustrée, 1873. Domaine public, Wikimedia Commons

Un très mauvais présage pour les rois

Ce qui a fait la réputation du Grand Veneur, c’est la suite. Douze ans après sa rencontre, en 1610, Henri IV est assassiné par Ravaillac. Il n’en fallait pas plus pour que le Chasseur noir devienne un annonciateur de malheur.

Les traditions recueillies au XIXe siècle lui prêtent ensuite une belle carrière de prophète. Il serait apparu peu avant la mort soudaine du duc et de la duchesse de Bourgogne, en 1712. Il aurait prédit sa fin à Louis XVI, puis au duc de Berry, assassiné en 1820. Et des bûcherons l’auraient aperçu la veille de l’abdication de Napoléon, en avril 1814, au château de Fontainebleau. Après la révolution de 1830, il ne se serait plus montré. Mais certains gardes forestiers juraient l’entendre sonner du cor les nuits de tempête.

Coïncidences ? Sans doute. Mais avouez que c’est mieux raconté que les registres de la vénerie.

Odin en forêt de Fontainebleau ?

Pour l’historien Jean-Jacques Ampère, fils du physicien, l’affaire est claire : le Grand Veneur ne serait rien d’autre qu’Odin, le dieu des mythologies nordique et germanique, transformé au fil des siècles en chasseur bellifontain. L’idée n’est pas si folle. Partout en Europe circule la légende de la chasse fantastique, une chasse infernale qui traverse le ciel ou les bois la nuit : Herne le chasseur dans la forêt de Windsor, Hackelberg en Allemagne. Fontainebleau tient simplement la version la plus royale.

Une autre version circule, plus ancienne encore : celle de François Ier. Furieux de voir un cerf lui échapper, le roi aurait lâché un « Diable ! » en éperonnant son cheval. Une brume épaisse serait tombée sur la chasse, et un chasseur noir aux yeux de feu aurait abattu le cerf sous son nez. Bongars, lui, croyait que le spectre était l’âme d’un chasseur tué dans la forêt sous François Ier. Moralité : en forêt de Fontainebleau, on surveille son langage.

Sur les traces du Grand Veneur en forêt

Le fantôme a laissé son nom sur la carte. Au nord-ouest de la forêt, sur la route de Barbizon, la croix du Grand-Veneur marque le carrefour du même nom. Elle figure déjà sur le plus ancien plan de la forêt, celui de Nicolas Picart, daté de 1624. Rétablie en 1670 aux frais du duc de La Rochefoucauld, refaite en bois en 1827 puis en grès en 1846, elle a eu une vie agitée : renversée en 1919 par une charrette de paille, puis en 1926 par une automobile. Elle trône aujourd’hui au centre du rond-point aménagé en 2000. Le Grand Veneur, lui, n’a jamais été verbalisé.

Une autre tradition, rapportée par BFM Paris, veut qu’il réapparaisse tous les cent ans à la croix de Montmorin. Avis aux promeneurs qui préparent leur sortie avec ma page sur la forêt de Fontainebleau, et aux grimpeurs qui consultent la carte des blocs ouverts : gardez une oreille ouverte.

Le Grand Veneur au cinéma, à la télé et dans les livres

  • Meurtres à Fontainebleau, téléfilm de France 3 diffusé le 29 août 2026, réalisé par Sandrine Cohen, avec Roxane Turmel et Antoine Hamel. Un pilote de quad est retrouvé mort, piétiné par un mystérieux cavalier : et si le Grand Veneur était revenu protéger sa forêt ? À revoir sur france.tv.
  • Les Secrets du Grand-Veneur, spectacle présenté au château de Fontainebleau en 2017, où le fantôme enlève une petite Ernestine dans une grotte peuplée de fées et de dragons.
  • Les Contes du Grand-Veneur, de Romain Billot (2013), qui fait du spectre un personnage de contes pour enfants.
  • Le Grand-Veneur ou Chasseur noir de la forêt de Fontainebleau, de Louis Ferrand (1979), la petite monographie de référence sur la légende.
  • Le Dictionnaire infernal de Jacques Collin de Plancy (1818), qui le range parmi les démons.

Et s’il revenait aujourd’hui ? Le clip

C’est la question que pose la chanson d’Halloween de Fontyblog, « Le Grand Veneur est revenu ». Quatre cents ans après avoir fait filer Henri IV, le Chasseur noir sort de nouveau des bois. Il se prépare à semer la terreur. Mais Fontainebleau a changé.

Des grimpeurs à la frontale font un selfie avec le Grand Veneur à Fontainebleau
Touristes et perches à selfie autour du Grand Veneur à Fontainebleau
Cent teckels en manteau face à la meute fantôme du Grand Veneur

Images du clip « Le Grand Veneur est revenu » de Fontyblog

Voici le clip complet, en dessin animé et sans un seul frisson. Montez le son, et partagez-le avec ceux qui croient encore qu’Halloween, ça fait peur.

© Emmanuel Parrou / Fontyblog

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Et maintenant que vous savez tout du Chasseur noir, il ne vous reste plus qu’à choisir votre soirée : toutes les sorties d’Halloween à Fontainebleau sont dans l’agenda, de la soirée à la médiathèque à la chasse aux bonbons des commerçants. Si vous croisez un cavalier noir en chemin, faites-lui un selfie : il adore.

Sources