Elle est arrivée en France sans un mot de français.
Vingt ans plus tard, c’est elle qui fait entrer l’Italie dans la saison culturelle de Fontainebleau.
Portrait de Giovanna Possamai, directrice de FLC, rue du Mont Ussy.

Le jour de la rentrée, début septembre, rue du Mont Ussy, la secrétaire distribue, renseigne, oriente. Les professeurs passent prendre leurs clés et leurs listes. Dans le couloir se croisent des enfants qui marchent depuis peu et des adultes qui ont largement dépassé les quatre-vingts ans.

C’est une journée comme une ruche chez des abeilles.

Fresque participative de l'entrée de FLC, rue du Mont Ussy à Fontainebleau
Un hérisson, un écureuil, une biche et son faon : la fresque de l’entrée a été peinte à plusieurs mains, pendant la journée citoyenne.
Photo : Emmanuel Parrou / Fontyblog

Celle qui parle dirige la maison depuis 2018. Elle y est entrée treize ans plus tôt, par un cours d’italien que personne ne proposait. Et avant ça, il y a une histoire qu’elle résume elle-même en une phrase.

Moi, c’est une histoire, c’est un roman.

Giovanna Possamai, directrice de FLC, dans les locaux de la rue du Mont Ussy à Fontainebleau
Giovanna Possamai, à la barre de FLC depuis 2018.
Photo : FLC

Tout quitter, sans un mot de français

Giovanna Possamai était avocate stagiaire en Italie. Elle a tout laissé par amour, et s’est retrouvée en France sans parler la langue.

La France, à l’époque, c’est la Guyane. Formation littéraire oblige, elle veut apprendre vraiment. Neuf mois de cours, et elle travaille déjà dans des structures locales. Elle accompagne les animateurs de rue dans les quartiers difficiles. Elle y monte déjà des ciné-clubs.

Le cinéma, pour moi, ça m’a toujours accompagnée.

Puis elle enseigne l’italien au centre spatial, aux Français qui travaillent avec des Italiens, et traduit pour les sociétés italiennes installées là-bas. Le fil de toute la suite est déjà tendu : une langue, un écran, et des gens à relier.

2005, un cours nouveau

Arrive Fontainebleau. Ses enfants sont inscrits aux activités de FLC. Elle propose spontanément d’y donner un cours d’italien. L’association n’en a aucun. Elle ouvre le premier.

Aujourd’hui, il y en a huit. Et ils ne désemplissent pas.

Pourquoi ? Parce qu’on n’y apprend pas seulement la grammaire. Il y a les sorties culturelles, les projections, parfois un voyage en Italie.

Pour moi, ça fait partie de l’apprentissage. Être imprégné à 360 degrés.

Au passage, elle se forme au yoga, se certifie en relaxologie, et ouvre des cours de relaxation et de méditation. Une professeure qui ajoute des cordes à son arc, sans lâcher la première.

La surprise

En 2018, le directeur de FLC s’en va. Le conseil d’administration se tourne vers celle qui est là depuis treize ans et lui demande de prendre la suite.

J’ai dit oui. Je croyais que c’était simplement donner un coup de main.

C’était un vrai poste. Elle est restée.

Sa semaine, depuis, ne ressemble à aucune autre. La saison suivante se prépare dès le mois de mars, la brochure se boucle début juin. Un professeur absent un jeudi soir, c’est elle qui trouve le remplaçant. Un cours sans enseignant, c’est elle qui recrute. Et comme les événements tombent le week-end, c’est elle qui ouvre la porte le samedi. La présidente a une image pour ça : FLC est « un paquebot, pas un petit bateau agile ». Giovanna Possamai en tient la barre, guidée par les membres du bureau et du conseil d’administration, avec les deux permanentes, Sophie Maréchal à l’administratif et Juliette Bonin à la médiation culturelle.

Rencontrer

C’est là qu’elle a le plus marqué la maison. Les partenariats culturels, c’est sa signature.

La galerie Fontaineblow, avec qui FLC a peint la fresque participative de l’entrée pendant la journée citoyenne. Les Causeries d’Histoire à l’Hôtel Victoria. Un partenariat tout neuf avec l’Institut d’études politiques, pour ouvrir l’association aux étudiants. Et surtout, l’Italie.

Avec l’association Cineblog, elle a monté une trilogie italienne annuelle. La première année, les partenaires, prudents, n’ont programmé que deux films. Le public a répondu. La trilogie est désormais installée. Les films passent en version originale sous-titrée, elle les présente, raconte les anecdotes, plonge la salle dans l’époque, puis anime le débat.

Les ciné-clubs autour de la culture italienne, c’est mon bébé. J’y tiens beaucoup.

Cette saison, elle ajoute des conférences en forme de carnets de voyage, pour découvrir l’histoire grâce aux témoignages de ceux qui l’ont vécue. Premier rendez-vous le dimanche 8 novembre : Magellan, le pari de repousser l’horizon, une conférence animée par Giulio Lucchini.

Sa méthode tient en deux phrases.

Fontainebleau regorge de personnes intéressantes. Il suffit d’aller les rencontrer.

On a tellement d’artistes et d’artisans ici. Il ne faut pas aller chercher Paris.

Le 4 octobre, l’Italie chante rue du Mont Ussy

Le fil tendu en Guyane mène tout droit au premier grand rendez-vous de la saison. Le dimanche 4 octobre à 15h, FLC reçoit l’écrivain Luigi Cuna pour Voci libere, le récit de la chanson d’auteur italienne. Et la rencontre ne sera pas seulement racontée : le guitariste et chanteur Gianmarco Fusari, interprète reconnu du répertoire de Paolo Conte, la jouera en live. Entrée libre.

Une langue, des chansons, une salle pleine de Bellifontains. Le roman continue.

Ce qui ne se voit pas

Il y a un pan de son travail que les adhérents ne voient presque jamais, et qui compte énormément pour ceux qu’il concerne.

Giovanna Possamai est certifiée Sport Santé. FLC travaille avec la Maison Sport Santé de Fontainebleau, qui lui adresse des personnes arrivées au bout de leur parcours et désireuses de continuer une activité physique. Une dizaine l’an dernier. Pour les situations plus délicates, elle a créé cette saison une offre spécifique, avec un entretien préalable. Et quand elle sent qu’une personne doit d’abord passer par la Maison Sport Santé, elle le lui dit.

Elle est aussi référente handicap. Elle reçoit les personnes en situation de handicap avant l’inscription, regarde avec elles si le cours visé est praticable, et vérifie auprès du professeur que l’accueil est possible.

C’est rassurant de savoir qu’il y a quelqu’un qui est là, à l’écoute, et qui prend soin de la personne.

Une grande famille, pas une salle de sport

Quand on lui demande ce qu’est FLC, elle ne parle ni de cours ni de tarifs.

Ce n’est pas une entreprise. Pour moi, FLC c’est comme une grande famille dans laquelle on peut s’épanouir.

Des amitiés, il y en a beaucoup. Il y a même eu des mariages. Mais l’exemple qui lui tient le plus à cœur est ailleurs. Ce sont ces personnes âgées qui, après avoir perdu un conjoint, ont retrouvé ici un cercle. Elles sont venues pour un cours. Elles s’organisent aujourd’hui des sorties entre elles, sans que l’association ait rien à y faire.

Et puis il y a les nouveaux, chaque année, qui découvrent la ville en même temps que l’association. Ils y trouvent un premier réseau, parfois un travail, souvent des amis. Une Italienne arrivée sans un mot de français sait mieux que personne ce que ça vaut.

Trois questions à Giovanna Possamai

Comment présentez-vous FLC à quelqu’un qui vient d’arriver à Fontainebleau ?
« Vous avez la chance d’entrer dans la plus ancienne association de Fontainebleau, dans laquelle vous avez le choix de vous épanouir. Et vous pouvez en être acteur, parce que les bénévoles et les gens qui proposent des choses sont les bienvenus. »

Que perdrait Fontainebleau si FLC n’existait plus ?
« Une source de sérénité et de lien social. »

Que dites-vous à quelqu’un qui hésite à s’inscrire ?
« De venir faire un cours d’essai. Et de venir voir l’ambiance, à une conférence, à un concert. C’est là qu’il découvrira la vraie vie de l’association. »

En pratique

FLC, Fontainebleau Loisirs et Culture. Maison des Associations, 6 rue du Mont Ussy, 77300 Fontainebleau. 01 64 22 09 98, flc-fontainebleau.fr.

Plus de 1 200 adhérents, de deux à quatre-vingt-sept ans, cinq pôles : musique, danse, bien-être, arts plastiques et décoratifs, culture langues et loisirs. Cours d’essai possible sur l’ensemble des activités.

Prochain rendez-vous : Voci libere, avec Luigi Cuna et Gianmarco Fusari, dimanche 4 octobre à 15h, entrée libre.

Un cours d’essai ne coûte rien. Un dimanche en italien non plus.